Un ex-Pat expatrié

Les vétérans se souviennent encore de lui, Vincent fut joueur et bénévole pour les Patriots pendant près de 10 ans. Parti s’installer à Montréal avec sa famille, il fréquente les diamants québécois depuis 2013. Il partage avec nous son expérience du baseball outre-atlantique.

Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu nous rappeler un peu ton parcours au sein du club et du baseball français ?

Hey les Pats ! J’ai commencé le baseball sur le tard, à 20 balais avec les Patriots. Le club avait à cette époque une équipe espoir -21 ans et on était une équipe complètement débutante, avec Alex et Florent (encore aux Patriots) et Léo, Loris pour ceux qui se rappellent. On se prenait des roustes contre le PUC espoir avec pas mal de leurs joueurs en équipe de France junior. Disons qu’on a appris que le baseball est un sport où il faut faire face à l’échec assez souvent. Ça ne m’a pas empêché de devenir accro au sport. J’ai continué à jouer en régionale, principalement en tant que champs extérieur, avec l’équipe senior les années suivantes en montant les échelons de R3 à R1 avec plusieurs titres de champions Île-de-France à la clé et des très bons souvenirs en Nationale 2. Également pas mal d’engagement auprès du club car je faisais partie du nouveau bureau en tant que secrétaire général l’année où le club s’est trouvé sans direction. Et à mon humble niveau, il m’est arrivé d’encadrer des débutants. J’aimerais remercier dans ce billet par la même occasion tous les tauliers des Patriots qui m’ont encadré, appris les bases et transmis leur passion : Pierre-Manuel D’Abunto, Jean-Fred Étienne, Hughes Anhes, Nico Odinot, Alex Dovigo, JB Précetti et ceux que j’oublie.

T’as trouvé facilement une équipe pour jouer ?

En venant à Montréal en 2013, je savais que le sport était populaire ici mais je n’avais aucune connaissance des ligues, niveaux etc. Un ancien Patriots installé à Montréal, Chris Ferrario, manageait une équipe, les Rockers et m’a proposé de venir jouer avec lui. J’ai également joué dans une ligue avec un très bon niveau avec batte en bois, pas mal de joueurs latinos et des lanceurs qui envoient des cachous. J’ai trouvé cette ligue car un collègue cherchait un coéquipier pour son équipe.

On imagine que le Québec est mieux loti au niveau des infrastructures. Y’a beaucoup de terrains ? De batting centers ?

Alors oui, c’est sûr que Montréal compte énormément de terrains de baseball et softball, 166 terrains sports confondus. Généralement bien entretenus par la ville, avec un infield assez plat et sans faux rebonds pour ceux que j’ai utilisés. Et le gros plus est que la plupart sont éclairés tous les soirs jusqu’à 23h, même quand ils ne sont pas utilisés (oui les Québécois aiment laisser les lumières allumées à outrance). Par contre, les terrains n’appartiennent pas pour la plupart à un club en particulier car n’importe quel club peut le louer donc ils manquent cruellement d’équipements comme des filets ou des tortues. Il faut s’éloigner du centre-ville et du plateau pour voir des terrains avec des house clubs. Les backstops sont généralement beaucoup plus proches donc il faut oublier les vols de bases sur balle relâchée et ont parfois une sorte de porche sur le dessus donc beaucoup de pop fly deviennent des foul balls. L’autre gros point négatif est l’absence sur la plupart des terrains de butte sur le monticule. Tu as le rubber au niveau du sol, pas surélevé du tout. Je pense que c’est dû au fait que la plupart des terrains sont utilisés pour la balle molle et la balle dure, peut être aussi pour des raisons d’entretien. Là encore il faut s’éloigner du centre-ville pour avoir des terrains avec butte. Après je vais pas me plaindre, le terrain sur lequel je joue la plupart de mes matchs est à 500 mètres de chez moi !
Il y a aussi pas mal de batting centers, des terrains d’entraînements couverts pour la saison morte.

Parle-nous un peu des Rockers. Quel est-ton rôle avec eux ?

Les Rockers sont un club de baseball à Montréal qui possède deux équipes, une de très bon niveau (équivalent R1/N2) qui joue à West Island, au Sud-Ouest de Montréal donc et une de niveau inférieur (équivalent R2/R1) qui joue en plein dans le plateau, le quartier francophone. Je me suis joint à celle du plateau pour des raisons de proximité. Les deux premières années en tant que joueur puis quand Chris est parti vivre à Manille en 2015, j’ai repris le flambeau de coach sportif de l’équipe.

Avec les Downtown Rockers !

Avec les Downtown Rockers !

Comment sont organisés les championnats chez vous et notamment la Ligue Encore ?

Alors c’est ici que la différence est la plus grande avec la France et que la batte blesse (le bât blesse). Ici il n’y a pas de fédération pour les seniors amateurs. Au niveau junior, tout est très bien organisé avec des championnats, des niveaux de jeu, les jeunes sont très bien encadrés et peuvent progresser très vite. Passés en senior, fini les championnats organisés. Tu as plein de ligues, je dirais une dizaine juste à Montréal, de niveaux variés. L’organisation est plus à l’arrache car il revient à chaque ligue de louer les terrains et organiser le calendrier. Il y a des playoffs et des matchs des étoiles (all star game) dans certaines ligues. Le volume de matches est plus important qu’en France, surtout que tu peux t’inscrire à plusieurs ligues car il n’y a pas de licence. Tu payes ta cotisation pour couvrir l’assurance et le coût des balles et c’est parti. On est plus dans l’optique joueur consommateur que joueur lié à un club et qui participe au développement du sport.
Point agréable, les arbitres et scoreurs sont fournis par l’association de baseball du Québec et sont tous formés et connaissent bien le sport.

Quelles sont les différences entre les compétitions à Montréal et celles en France ?

Comme il n’y a pas de fédération pour les seniors, les championnats comprennent avec une saison régulière et des playoffs mais gagner le championnat n’octroie pas le droit de monter de niveau. Chaque ligue a son niveau de jeu et il faut choisir celui qui te convient le mieux.

La saison 2015 fut-elle bonne ?

La saison 2015 avec les Rockers a eu deux visages : un début désastreux avec 8 défaites et une bonne fin avec 5 victoires sur 6 matches si je ne trompe pas. En playoffs on a perdu contre les deuxièmes de la ligue le premier match. Je n’ai pas joué pour la ligue avec batte en bois cette année par manque de temps mais je pense la réintégrer l’année prochaine. Ce début difficile s’explique par le fait que c’était pour moi ma première expérience de coaching avec une équipe assez variée (Québecois, Canadiens, Coréens, Japonais) donc des visions du jeu différentes mais également des niveaux différents dans la même équipe avec des débutants et d’autres joueurs très aguerris. J’ai également du jongler entre le rôle de coach et de lanceur principal de l’équipe, ce qui n’est jamais évident à concilier. Personnellement, j’ai eu une très bonne saison aussi bien sur le plan humain avec des coéquipiers de tous les horizons que sur le plan sportif. Je suis devenu accro au pitching, j’étudie les grips, les techniques et je développe doucement ma slider et ma courbe. J’ai eu la chance aussi de catcher un Japonais qui lançait à 85mph, un catcheur de formation qui lançait pour s’amuser !

De façon plus générale, comment est vécu le baseball au Québec ? C’est un sport populaire ?

Le baseball commence à intéresser à nouveau des joueurs depuis 2008 après avoir perdu des licenciés. Le niveau général est plutôt bon car la plupart des Québécois ont déjà lancé la balle au moins une fois dans leur vie. Il est facile de faire des pick-up games dans des parcs avec à peu près n’importe qui. Les week-ends, pas mal de gens se lancent la balle, entre amis ou parents et enfants. Le softball est encore plus populaire que le baseball car plus facile à pratiquer au pied levé et plus récréatif. Généralement les terrains sont toujours réservés les week-ends pendant l’été. Je dirais que ça reste un sport populaire au Québec, loin derrière le hockey toutefois ! Il y a aussi du baseball professionnel au Québec, mais sans équipe à Montréal bizarrement.

On le sait, les hivers québécois sont rudes. Vous arrivez quand même à vous entraîner pendant la saison morte ?

Oublie les entraînements l’hiver dehors, même en cages comme à Pershing. Il y a des infrastructures couvertes, des diamonds en synthétique et bien sûr des cages de batting. Disons que fin Octobre, on raccroche les spikes et on sort les running pour aller en salle et batting center. Par contre c’est plus dur de trouver des partenaires d’entraînements car les Québécois switchent au hockey l’hiver pour revenir au baseball au printemps.

Que ce soit à Pershing ou à Montréal : la neige, même pas peur !

Que ce soit à Pershing ou à Montréal : la neige, même pas peur !

La reprise en extérieur, c’est à quel moment de l’année ?

Généralement fin Avril tu peux commencer à t’entraîner dehors avec des roulantes et du batting live mais les terrains ne sont généralement pas en état pour les matches. Et tu n’es pas à l’abri de la dernière tempête de neige qui peut arriver fin Avril. Mi-Mai généralement la saison commence et dure jusqu’à fin Août sans interruption, suivi d’une saison d’automne de Septembre à Octobre pour profiter au maximum des terrains et se rassasier avant le prochain hiver.

Les matches sont disputés aussi bien en week-end que les soirs en semaine. Pas trop intense, la saison ?

Oui beaucoup de matches mais c’est balancé avec le fait qu’ici, les clubs sont moins structurés. Il n’y a pas de section jeunesse dans un club senior, moins de bénévoles et d’engagement et cela mène à ne pas avoir d’entraînements structurés et hebdomadaires. Les entraînements sont font au pied levé. On compense en ayant plus de matches. La première année avec les deux ligues combinées, j’ai déjà eu 4 matches la même semaine. Mais pour un joueur c’est le bonheur !

J’imagine que pour voir les retransmissions MLB c’est moins la mission que dans l’hexagone, non ?

Complètement, j’ai souscrit à mlb.tv et j’ai suivi les playoffs en regardant la plupart des matchs des Blue Jays, Canada oblige.

Comment les fans à Montréal ont vécu le parcours des Blue Jays ?

Il y a eu un fort soutien pour les Blue Jays et avec le regain du baseball ces dernières années, ça a renforcé l’intérêt pour le sport. J’ai quand même croisé des gens qui crachaient sur Toronto à cause de l’histoire entre les Blue Jays et Expos et leur combat pour se partager les droits de télévision.
Russell Martin est très populaire ici car Québécois et il aide à redorer la popularité du sport. Il vient régulièrement à Montréal faire des cliniques pour les jeunes et je l’ai vu aussi à un match de softball récréatif l’année dernière avec Éric Gagné et d’autres pointures, 300 spectateurs, il était à 20 mètres de nous, en famille quoi !

Russell Martin arborant le sweat des Patriots, collection hiver 2008.

Russell Martin arborant le sweat des Patriots, collection hiver 2008.

Le Québec est-il un eldorado pour un baseballeur francophone ?

Je pense que ça dépend des attentes du baseballeur. Si c’est un jeune qui veut progresser à haut niveau je dirais que le Québec est un bon tremplin pour réussir, surtout avec la proximité des US. Et il y a des coachs reconnus mondialement à Montréal, des anciens joueurs MLB pour certains. Pour le joueur senior qui veut toutefois jouer compétitif, c’est mi-figue mi-raisin à cause du manque de structure des clubs et l’absence de fédération. Tu peux progresser mais tu dois plus compter sur toi-même. Après il y a plein de ligues avec des très bons niveaux et beaucoup de joueurs latinos que tu pourrais jamais affronter en France à cause justement des classements par niveau. Pour voir des matches MLB, Boston et New-York ne sont pas loin, ou du minor league à 2h de route à Burlington.

Quelle image les nord-américains ont-ils du baseball qu’on pratique dans l’hexagone ?

À vrai dire je ne sais pas, je pense que la plupart des Canadiens et Américains ne savent pas qu’on joue au baseball, même si Éric Gagné manage l’équipe de France.

Le baseball à la française te manque-t-il ?

Oui pas mal. Les entraînements, la structure et l’esprit du club, savoir que quand tu gagnes ton championnat tu peux monter de division, c’est plein d’éléments importants du sport qui me manquent ici. Puis surtout les potes que je connais depuis maintenant 10 ans, ça manque. Mais le côté consommateur du baseball, tu viens-tu joues, me convient parfaitement pour le moment depuis la naissance de mon fils Wilson (ah c’est aussi le nom d’une marque de baseball ?). Je ne pourrais pas être aussi assidu aux entraînements que je l’étais auparavant.

Vincent, Chris et Gwen qui posent avec la mascotte des Lake Monsters.

Vincent, Chris et Gwen qui posent avec la mascotte des Lake Monsters.

Tu suis encore l’actualité des Patriots ?

Oui autant que je peux. J’ai des nouvelles par mes anciens coéquipiers que je revois quand je rentre pour les vacances ou qui sont venus à Montréal. Je serais de retour pour les fêtes donc comptez sur moi pour venir lancer la balle au gymnase. Patriot un jour, Patriot toujours ! Le club semble prendre de l’ampleur et grossit ses rangs, notamment avec le softball et les jeunes. Plein de bonnes choses pour l’avenir !

Enfin, la question piège : le baseball majeur va-t-il revenir à Montréal ? Tu crois que l’engouement du public lors des matches amicaux disputés au Stade Olympique ces deux dernières années est révélateur ?

Comme dit le maire de Montréal, gros fan de baseball, ce n’est pas une question de si mais de quand. Tout porte à croire que le baseball majeur va revenir ici. À mon avis ça se fera lors de l’expansion et non pas un déménagement de franchise mais qui sait. Le maire pousse vraiment le retour des Expos, il investit également dans le réaménagement des terrains existants pour les amateurs afin d’avoir une base solide de fans et développer les jeunes. Pas mal d’investisseurs se disent intéressés, les médias en parlent souvent, ça avance tranquillement.

Les Patriots finalistes de la DH 2007.

Les Patriots finalistes de la DH 2007.

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