Les Patriots 2, champion IDF R3 : l’interview du coach Fred Beauvais

C’était le 17 septembre 2017. Ce jour-là, bien qu’officiellement en été, l’automne avait pris possession du Bois de Vincennes. Les feuilles des arbres, gardiens de l’authenticité bucolique des lieux, commençaient à se parer d’une couleur ocre pour répondre avec enthousiasme à l’infield automnal de Pershing.

Ce stade, témoin de bien des joutes mythiques du baseball français, s’apprêtait à recevoir une bande de gars drôlement vétus, téméraires aventuriers du diamant, qui avaient survolé leur championnat comme le faucon survolant la plaine, prêt à foncer sur sa proie. Mais ce n’était pas un mulot que l’équipe devait attraper mais un trophée, solidement gardé par une troupe de Templiers.

Cependant, les croisés de Sénart, venus dans la capitale défier les fringants Patriots de la P2 en leur citadelle parisienne, furent pris au piège et, dans une finale de haute volée, en état de siège, repartirent défaits.

Il fut dit que ce 17 septembre 2017, seuls les Patriots, sous l’acclamation déchaînée de leurs supportrices et supporters, pouvaient soulever le trophée. Oui, ce jour-là, les Patriots 2 furent sacrés champions de la Régionale 3 d’Île de France, inscrivant leurs noms au panthéon du baseball francilien.

Quoi ? On en fait trop ? Naaaaaan ! Une telle saison, ponctuée d’un titre de champion, mérite des éloges homériques. Mais il nous a semblé plus adéquat, plutôt qu’un roman, de donner la parole au coach des Patriots 2, Fred Beauvais, afin de retracer, sous vos yeux ébahis, la formidable saison de l’équipe.

Le coach Fred Beauvais faisant du photobombing sur la photo de la coupe tandis que Michael Chandlee fait du photobombing sur la photo du coach tenant la coupe (mise en abîme du photobombing)

Après la désillusion de la saison dernière, avec quel état d’esprit la P2 (pour Patriots 2) avait-elle entamé la saison 2017 : stressée, confiante, revancharde ?

Tout d’abord, il faut resituer le contexte sportif et extra sportif. Le club des Patriots de Paris est en plein développement avec plus de 200 licencié.es aujourd’hui, soit un x 2 par rapport à il y a 3 ans. Sportivement parlant, nous avons aussi doublé le nombre de nos équipes baseball avec une en R1, deux en R3 et une en PR (Promotion Régionale, 4ème division régionale, ndlr). Sans parler des équipes jeunes dont les 18U. Pour absorber sportivement notre développement extra sportif, nous devons être présent dans chacune des divisions : R3, R2, R1 et demain en N1. Cela permet de proposer un parcours sportif afin de développer nos talents.

C’est dans ce contexte que Ruben Dashyan, qui était président à l’époque, m’a proposé de coacher l’équipe 2 avec comme objectif de monter en R2.

L’an dernier, nous avions chuté en quart de finale contre Savigny et un ex international comme lanceur mais surtout nous avions manqué de caractère, spectateurs de notre propre match.

La première chose que nous avons fait est de réajuster le roster selon 4 critères : talent, polyvalence (être capable de jouer à au moins deux postes différents), team spirit et leadership (être acteur de son match, pas spectateur).

Avant la saison, avec notre capitaine Ben Bloch, nous avons réuni les joueurs pour nous assurer de leur engagement autour de nos objectifs. Je leur ai dit que l’objectif était de gagner la R3 et que pour moi la saison serait réussie si nous avions 3 piliers : du bon baseball, des victoires, des moments d’amitiés.

Avant la saison, nous avons fait un match amical à Sénart contre leur équipe de R2. Nous avons gagné le match, l’équipe commençait à prendre forme, c’est donc avec beaucoup d’envie que nous avons abordé la saison 2017.

Bande de winners

La P2 est sortie invaincue de sa poule. Comment s’est déroulée la saison régulière de l’équipe ?

La R3 est un championnat très hétérogène. Nous avions dans la poule trois équipes fortes : Tremblay qui revenait de R2, le PUC et Lagny. Outre le fait bien sûr, de gagner les matchs, l’important pour moi était de construire un groupe et non pas seulement une équipe. J’ai profité de nos matchs contre des équipes à priori plus faibles pour faire tourner et donner du temps de jeu à des nouveaux joueurs comme Adrien Grand et Florent Degrotte. Cela me permettait également de tester mon équipe et voir comment elle réagissait lorsque nous étions sous pression.

C’est sur cette philosophie de construction de groupe que nous avons fini la poule invaincus, 10 W/0L, avec deux matchs références contre Tremblay et contre le PUC (25 à 1).

Avec la pression de monter en R2 et d’assurer un statut d’invaincu, sans compter le souvenir des playoffs 2016, est-ce que cela a été difficile de gérer ces playoffs pour les joueurs, malgré la domination de l’équipe sur le terrain match après match ?

Nous abordions les playoffs avec le statut de meilleur premier en saison régulière mais surtout après un break de deux mois sans baseball. Je sais que l’équipe était prête à relever le défi des playoffs mais j’avais peur que deux mois de vacances ne cassent notre dynamique avant le quart de finale du 3 septembre.

Avec mon président, Florent Cordesse, nous avons décidé d’inscrire l’équipe au tournoi de Fenay fin aout. L’objectif était triple : une sorte de détox post vacances, renforcer la cohésion de groupe, prendre des bons at-bat durant les 8 matchs de ce tournoi. Nous avons fini 4eme ex-aequo en battant notamment deux équipes hollandaises, une belge et celle de la ligue Bourgogne Franche Comté. Surtout j’ai senti l’équipe extrêmement soudée, une bande de potes, et très engagée à gagner le championnat.

Banstorming team

Le quart de finale contre le PUC a été très difficile. Les gars étaient encore un peu fatigués de Fenay et nous avons eu du mal à rentrer dans le match. Nous avons finalement gagné 17 à 9 grâce à un excellent pitching de Jacques Alabeatrice relevé par Alessandro Botarelli, une solide prestation au bâton de Mat Rogier et un Home Run d’Hugues Anhes.

En demi-finale, nous avons retrouvé nos amis de Tremblay déjà rencontrés deux fois. L’équipe cette fois-ci est rentrée tout de suite dans le match avec une première manche à 7 points. Les gars étaient concentrés et comme contre le PUC, nous avions un public en feu. C’était génial de sentir tout le club derrière nous.

Enfin, une finale de gala, un moment merveilleux, à Pershing contre l’équipe de Sénart, menée par Julien Brelle. Un match dur avec une défense de fer menée par un Jaco au sommet de son art , à deux hits du no hitter (le premier en sixième manche avec un mort). Au final, une superbe victoire 6 à 0 et tous ces magnifiques souvenirs entre nous, après le match.

Quels ont été les meilleurs moments de la saison de la P2 ? Les plus déterminants ?

Les moments que j’ai en tête sont d’un côté des moments durs qui forgent le caractère, soudent une équipe et de l’autre des moments extraordinaires de vie de groupe.

Le premier match contre Meaux qui avait mis son équipe R1, le match retour contre Tremblay qui est très serré jusqu’à ce qu’Adrien frappe un triple base pleine, le match retour contre le PUC. Chacun de ces matchs nous a permis de nous développer individuellement et en tant qu’équipe.

Pour les moments extraordinaires de vie de groupe, je pense à chacun de nos matchs, à notre sortie au batting centrer chez Gael, à Fenay, Miranda. Tous ces moments ont été déterminants pour renforcer la cohésion, consolider l’engagement. J’aime l’idée que les joueurs ont tellement hâte de se retrouver qu’ils préparent leur sac de match dès le jeudi.

Jaco Greinke

Un mot de conclusion ?

Le succès ne vient jamais par hasard. Si nous avons gagné ce championnat c’est tout d’abord parce qu’il y avait un engagement total du club pour mettre notre équipe en condition de succès. Sur le roster, sur la préparation, sur le tournoi de Fenay. J’ai pu, depuis deux ans, travaillé avec la confiance totale de mon président et je voulais l’en remercier

Ensuite, je voulais remercier mon collègue Jean Fred Etienne pour la qualité de sa préparation et de ces entraînements qui ont incontestablement fait progresser les joueurs. Outre le titre et la cohésion du groupe, ma plus grande satisfaction est qu’ Adrien Grand et Florent Degrotte, avec moins d’un an de baseball, étaient titulaires en finale.

Enfin, remercier chacun des joueurs pour m’avoir fait confiance alors que je suis un jeune coach, pour leur motivation, pour leur talent, pour leur team spirit et tout simplement pour ce qu’ils sont.

Avoir pu coacher cette équipe, ce groupe, a été pour moi un grand plaisir, un grand honneur.

La team : “Plus haut, plus fort” – le coach : “euh, non non !”

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