Diamonds are a girl’s best friend

Plusieurs précieux bénévoles ont rejoint les Patriots au cours du mercato estival. Afin de faire connaissance avec eux et avec les projets dont ils sont porteurs, patriotsparis.com vous propose de vous les présenter. Commençons par Gaétan Alibert, que vous avez forcément croisé un jour ou l’autre sur Mortemart. As de la communication, passionné de toute culture se rapportant aux sports de batte, Gaétan compte parmi les défenseurs acharnés du baseball féminin. Avec lui, faisons un point sur cette discipline trop souvent délaissée.

Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, quel a été ton parcours baseball et softball avant de rejoindre les Patriots ?

Je me suis mis au baseball et au softball sur le tard en 2008. J’avais 29 ans. Jusque là, le baseball pour moi, c’était essentiellement l’anime Major. En février 2008, je me suis rendu à un entraînement du PUC et depuis, je suis devenu accroc. J’ai très vite pris des responsabilités au sein du PUC dont j’étais le responsable communication jusqu’en mars dernier. J’y ai managé des équipes seniors régionales, organisé des tournois et participé à beaucoup d’animations axées sur la jeunesse et le sport féminin. Je suis également arbitre départemental. En fait, j’étais un bénévole à tout faire tant il y avait d’actions à mener. Un peu comme sur le terrain où j’ai joué à tous les nivaux régionaux à tous les postes. Un pur utility player même si mes postes de prédilections sont champ extérieur, 1ère base et lanceur. J’ai également fait pas mal de softball en tournoi ou en championnat mixte.

À côté de ça, j’ai participé de 2011 à 2013 à la commission communication de la FFBS. Je suis depuis fin 2010, l’un des rédacteurs du site Honus, seul site français traitant de la culture et de l’histoire du baseball. J’ai une passion pour l’histoire et très vite, j’ai eu envie de faire partager la riche histoire et l’incroyable culture populaire du baseball et du softball. Et même du cricket car je viens de créer le blog L’Esprit du Cricket pour ce sport encore plus méconnu que le baseball en France. Depuis trois ans, je suis membre de la Society for American Baseball Research (SABR), la plus importante association au monde sur l’histoire et la culture du baseball. C’est au sein de cette association que Bill James développa les fameuses Sabermetrics, nommées ainsi en l’honneur de cette association, qui donnèrent ensuite naissance au phénomène Moneyball et à la révolution statistique en MLB mais aussi dans le monde sportif en général.

Quelles sont les motivations qui t’ont poussé à lancer une équipe de baseball féminin ?

De par mes convictions personnelles, j’exècre toute forme de discrimination et notamment celle visant les femmes. Le sport ne doit pas être un milieu discriminant mais, au contraire, être un espace de partage, de compréhension, de plaisir, de dépassement de soi et de dépassement des différences qu’elles soient sociales, culturelles, sexuelles ou autre.

Le déclic a été le visionnage du film « Une équipe hors du commun », retraçant l’aventure de l’AAGPBL (All-American Girls Professional Baseball League 1943-1954), ligue pro féminine qui devait assurer l’intérim de la MLB dont les meilleurs joueurs étaient partis à la guerre après 1941. Finalement, cette ligue a survécu quelques années au retour de la MLB. C’était alors une expérience unique. Et le documentaire dans les bonus du DVD retraçait cette superbe histoire et montrait surtout des femmes qui savaient jouer un baseball de qualité.

J’ai donc fait des recherches pour Honus afin d’écrire un article sur l’histoire du baseball féminin.(1) J’ai découvert que des femmes jouèrent en pro ou semi-pro dans des équipes masculines dès la fin du 19ème siècle et elles étaient tout aussi doués que leurs coéquipiers ou leurs adversaires. Certaines équipes se montaient autour d’elles comme les Carr’s All Stars avec Lizzie Murphy dans les années 20. Elle fut d’ailleurs la première femme a joué avec une équipe MLB, pour un match de charité en 1922. Même dans l’histoire récente, Tiffany Brooks, Ila Borders ou encore Eri Yoshida ont montré que les femmes pouvaient jouer en pro avec les hommes.

Tout ça pour dire qu’il y avait une vraie injustice a cantonné les femmes au softball. On doit pouvoir laisser le choix, comme les hommes l’ont actuellement, de jouer au baseball, au softball ou aux deux.

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De quel droit peut-on obliger une femme à jouer au softball plutôt qu’au baseball ?

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Certains esprits chagrins craignent que le baseball féminin mette le softball féminin en péril. Quel est ton point de vue sur la question ?

J’ai fait parti de ceux qui, à la fédération comme au PUC, ont demandé de changer la réglementation sur l’accès aux championnats de baseball pour les femmes, en U18 et en Senior. Le cas Mélissa Mayeux, qui voulait jouer au baseball en U18, est arrivé au même moment où de nombreuses femmes souhaitaient jouer au baseball. C’est pourquoi j’ai créé, à ce moment là, la page facebook Baseball Féminin en France avec Karine Palma, qui était l’une des membres de la commission com’ de la FFBS comme moi (et une dingue des Hanshin Tigers).

Forcément, on a senti que la communauté softball était un peu sur les dents. Le softball avait alors un développement en dents de scie. Beaucoup pensait que la fédération ne devait pas développer le baseball féminin avant d’avoir structuré pleinement la pratique féminine du softball. Argument qui s’entendait mais, comme je le disais plus haut, permettre aux femmes et aux jeunes filles de jouer au baseball, c’est avant tout une question de droit. De quel droit peut-on obliger une femme à jouer au softball plutôt qu’au baseball ? Et inversement.

Ce sont deux sports semblables et différents. Ils ont une base commune mais on y ressent des plaisirs différents, sans compter que le baseball est plus riche culturellement, notamment de par l’existence de la MLB qui permet de s’identifier plus facilement à une équipe, à des joueurs. Peu de personnes en France suivent son équivalent softball, la NPF. C’est dommage d’ailleurs. En revanche, le softball est plus accessible, à un aspect plus ludique. Chaque discipline a ses points forts.

Si on a la volonté de développer harmonieusement ces deux pratiques pour les femmes, il n’y aura pas de problème. Mais actuellement, c’est difficile car le baseball/softball français n’est pas assez structuré, manque de projets communs, partagés et de ressources financières. On en est encore un peu au chacun pour soi.

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Les joueuses de l’AAGPBL portaient la jupe. Forcément, c’était une demande sexiste pour promouvoir la ligue auprès du public masculin. Mais elles ont prouvé à l’Amérique qu’elles étaient plus que de jolies jambes.

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Quels vont être les grands axes de développement de la section ? Vois-tu des obstacles à surmonter ? Des atouts ?

On en est aux balbutiements. L’idée est d’axer la prochaine saison sur la communication, le recrutement et d’intégrer les nouvelles joueuses à nos équipes régionales. Il s’agit aussi d’attirer les jeunes filles dans nos équipes jeunes. Les joueuses vont donc s’entraîner et jouer avec les garçons. En revanche, au fur et à mesure que les effectifs féminins vont augmenter, j’espère que nous pourrons créer une équipe 100 % féminine et donc de les regrouper de temps en temps pour créer une dynamique d’équipe mais aussi travailler leurs postes sur le terrain, en fonction des postes qu’elles occupent ou non dans les équipes masculines.

Après, cette équipe féminine sera ce qu’en feront les joueuses : des tournois en France ou à l’étranger, des matchs amicaux ou s’inscrire dans un championnat régional, comme cela peut se pratiquer au Canada ou aux États-Unis. Ou peut-être, préféreront-elles continuer en mixte ? L’important, c’est de leur donner le choix.

De par ce que j’ai pu constater de l’état d’esprit des joueurs (que je ne connais pas tous) et du coach Pierre Manuel, je ne pense pas que l’intégration des joueuses posera problème au niveau du relationnel. Maintenant, l’obstacle sera peut-être sportif car les équipes sont performantes, même en R3. Ça demande, pour des débutantes comme des débutants, un certain effort pour gagner sa place mais le club va enregistrer pas mal de nouvelles licences et je pense qu’on pourra proposer des équipes avec des niveaux de jeu adaptés à tous les profils. L’atout majeur est le super état d’esprit que j’ai trouvé au club. Ce dynamisme est contagieux.

Rassures-nous, tu ne vas pas imposer le port de la jupette ?

Les joueuses de l’AAGPBL portaient la jupe. Forcément, c’était une demande sexiste pour promouvoir la ligue auprès du public masculin. Mais elles ont prouvé à l’Amérique qu’elles étaient plus que de jolies jambes. C’étaient des guerrières du diamant, de vraies pros du baseball.

On ne va pas demander aux joueuses de porter des tenues roses non plus. Si une joueuse veut jouer avec un casque rose, ce sera son choix, pas un choix du club. Mais aujourd’hui, le baseball féminin adopte les mêmes codes que le baseball masculin car, au final, c’est le même jeu et la même passion.

Le club a déposé un dossier de labellisation Sport Responsable pour son action dans le développement du sport féminin. Quelles retombées peut-on espérer pour le club ?

Cette initiative me tient à coeur. J’y ai inscrit le PUC l’année dernière et, en plus de la labellisation, le club a gagné le premier prix dans la catégorie mixité. Ceci a valorisé l’image du club qui a également gagné 3000 euros de dotation plus une photo avec Zidane. Cela a aussi permis au club d’être un peu médiatisé avec une interview sur France Bleu IDF et quelques articles sur des médias sport féminin. Malheureusement, le club n’a pas trop capitalisé sur cette action depuis mon départ.

En revanche, cela m’a permis de me créer un réseau « sport féminin » dont j’espère faire profiter les Patriots. Mais cela implique, comme on a pu le faire au PUC, d’investir la question tant en interne qu’en externe, notamment à travers des animations, de l’événementiel et une communication innovante, percutante.

Nous allons, par exemple, participer à l’opération Femmes en Sport de la Mairie de Paris le samedi 26 septembre avec un roadshow installé sur les quais de Seine, à l’ombre de la BNF. Du baseball en bord de Seine, c’est pas courant. J’espère qu’on pourra monter des actions pour la Journée de la Femme 2016 ou les 24H du sport féminin en février prochain. Je pense aussi qu’il faudra travailler la question à l’échelle du 20ème arrondissement où la question de la Femme, du sport féminin et des luttes contre la discrimination sont au centre des préoccupations de la mairie du 20ème et de potentiels partenaires associatifs. Je suis convaincu que les Patriots ont le potentiel pour devenir un acteur majeur du sport féminin sur le 20e voir sur l’ensemble de la capitale à travers le baseball et le softball. La labellisation Sport Responsable marquera cet engagement auprès de la mairie, des sponsors, présents et futurs, ainsi qu’auprès d’autres types de partenaires (associations, écoles, centres de loisir…).

Où en est le baseball féminin en France ? Et dans le reste du monde ?

En France, nous sommes au commencement du commencement. Mélissa Mayeux représente le porte-étendard d’un baseball féminin qui se cherche. En début de saison, un sondage improvisé sur la page Facebook Baseball Féminin en France avait permis d’identifier une cinquantaine de femmes répartis dans des dizaines de clubs de la France entière. Des femmes jouant en senior au niveau régional. Je n’ai pas les chiffres pour les filles dans les équipes jeunes mais il y a, là aussi, du potentiel même si le passage entre U15 et U18 est difficile, avec une grosse perte d’effectifs (y compris chez les garçons). Actuellement, seuls les Tomcats de Tremblay ont une équipe féminine. Les Korrigans de Vitré essaient d’en construire une. Ils proposent d’ailleurs une clinic le 24 octobre pour toutes les femmes souhaitant se former au baseball.

Au niveau mondial, il existe une coupe du monde, des tournois internationaux, une ligue pro au Japon et des championnats en Amérique du Nord, en Amérique Latine ou en Australie. En Europe, seuls les Pays-Bas ont actuellement une équipe nationale leur permettant d’aller en coupe du monde. Mais il existe des initiatives dans de nombreux pays européens. En fait, l’IBAF a relancé le développement du baseball féminin depuis quelques années et on sent ce dynamisme autant dans des pays baseball comme les États-Unis ou le Japon qu’en Australie, en Europe, au Venezuela. Comme toujours, les pionnières, sur et en dehors des terrains, ont leur importance et ces dernières années, elles ont été nombreuses : Justine Siegal, Eri Yoshida, Tiffany Brooks, Sarah Hudek, Mika Konishi, Vanessa Riopel, Narelle Gosstray, Robin Wallace ou encore notre Mélissa Mayeux nationale. Sans oublier les historiques comme Perry Barber ou Leslie Heaphy.

Le baseball féminin a toujours connu des hauts et des bas mais on peut raisonnablement penser qu’il est parti pour connaître enfin un développement exponentiel, dans le sillage de l’intérêt croissant que suscite le sport féminin.

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1 Comment. Leave new

Je trouve ça assez passionnant qu’il y ai eu des femmes dans le baseball qui ne sont pa laisser faire on montrer de qoua elle étant capable en permettant l’évolution des future generation

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