Out of the Park Baseball

Si il y a un sport dans lequel les chiffres sont omniprésents, c’est bien le baseball. Des calculs de moyennes les plus basiques aux concepts sabermétriques les plus sophistiqués, tout ou presque peut s’analyser en termes quantitatifs. De quoi faire le bonheur des développeurs fans de la balle dure. Rien d’étonnant alors qu’aient vue le jour tant de jeux de gestion sportive consacrés au baseball.
Bien moins populaire sous nos latitudes que les simulations de football, l’Entraîneur en tête, la série Out of the Park est pourtant LA référence en la matière. La première édition de ce jeu culte remonte au Xxè siècle, plus exactement en 1999, publiée par un éditeur dont le nom n’est pas trop compliqué à retenir : Out of the Park Developpements. Au rythme d’une sortie par an, nous en sommes à l’heure actuelle à la 17è mouture du jeu et la 18è devrait devancer de quelques semaines l’Opening Day de MLB.
C’est à Markus Heinsohn, le génial créateur de la franchise qu’on doit ces millions d’heures qui, au lieu d’être consacrées à perfectionner son swing dans les cages de frappe, auront été passées devant son clavier en tant que general manager à façonner son équipe fétiche de façon à lui faire attendre les World Series ou, pour les plus masochistes, lui permettre d’accéder au championnat Élite (rassurez-vous nous ne sommes pas là pour juger : comme vous dans un prochain article, chacun joue comme il lui plaît).

Une série acclamée par la presse spécialisée

Si vous êtes habitués des jeux de gestion, vous ne serez pas longtemps dépaysé. Des trades aux choix tactiques play by play, en passant par la draft et la fixation du prix des billets aux portillons du stade, vous pouvez tout contrôler dans la vie de l’équipe dont vous êtes en charge et éventuellement déléguer à l’AI pour vous consacrer aux aspects que vous souhaitez privilégier. Les anglophones trouveront sur la toile foule de bonnes chroniques qui présentent toutes les options proposées par le jeu. Les articles en français sont bien moins fréquents mais on en trouve d’assez complets (merci à nos amis québécois). Comme celui-ci par exemple : https://facteurgeek.com/2015/04/11/test-fg-jeux-videos-ootp-16/
Cerise sur le gâteau, OOTP est disponible sur linux ; autant dire que pour l’Ayatollah du logiciel libre que je suis, c’est plus qu’un sérieux atout. Et si, comme le mien, votre budget ludique est pour le moins serré, sachez qu’à chaque nouvelle sortie, l’éditeur propose des rabais très intéressants sur les éditions précédentes, le tarif passant généralement de 40 à 20 dollars. La postseason et les fêtes de fin d’années sont aussi souvent l’occasion de soldes qui peuvent valoir de sortir sa carte bancaire virtuelle.

Réécrire l’Histoire

Un petit tour sur les forums du jeu et on constate rapidement que parmi l’infinité de scénarios rendus possibles par Out of the Park, figurait parmi les plus prisés celui qui consistait à prendre en main la destinée des Chicago Cubs afin de briser la malédiction de Billy the Goat. Hélas pour ces Don Quichotte de la batte, une fois n’est pas coutume, la réalité a dépassé le virtuel. Pour autant, il reste quelques coups de correcteur à passer dans la grande histoire du baseball. Je vous propose de remonter le temps d’une bonne vingtaine d’années.

[image : Kids love baseball]

Nous sommes en août 1994. Edouard Balladur gouverne le pays, Laurent Jalabert termine son été sur un lit d’hôpital et c’est devant leur téléviseur que JPP, Canto et consorts ont assisté à la World Cup organisé aux Etats-Unis. De ce côté-là de l’Atlantique, le soccer a vite été éclipsé par un événement qui secoue les 50 états : la fameuse grève des joueurs de MLB. Ceux-ci décident de s’arrêter de jouer le 11 août avec pour cause l’échec des négociations salariales entre le syndicat des joueurs et les propriétaires. Plus de 900 parties devront être annulées et la saison n’ira pas jusqu’à son terme, frustrant bon nombre de fans, en premier lieu ceux des Expos de Montréal dont l’équipe trônait au sommet de leur division avec l’ambition de remporter les World Series pour la 1ère fois de leur histoire. Aujourd’hui encore, alors que la franchise a déménagé à Washington, les irréductibles supporters montréalais doivent encore s’éveiller en sursaut, hantés par les regrets. Qui peut être certain que le destin des Gary Carter, Jeff Fassero et du tout jeune Pedro Martiner n’était pas d’aller jusqu’au bout ? Pour tenter de consoler ces malheureuses victimes de cette lutte sociale d’un autre genre, nous allons nous en remettre à la fonction replay d’OOTP.

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Après à peine quelques minutes de paramétrage et de chargement, nous voilà de retour en avril 1994. Un petit clic et c’est parti pour 2 minutes de moulinette au bout desquelles le verdict, implacable, tombe : c’est la catastrophe ! non seulement les Expos sont éliminés par les Astros au stade des Divisions Series mais ce sont les infâmes Yankees qui s’emparent du titre ! De quoi alimenter davantage les cauchemars des supporters québécois … Une fois ce choc digéré à l’aide d’une gorgée ou deux de Belle Gueule, il est encore temps de rebondir. Après tout, qu’est-ce qui nous empêche de réitérer l’expérience ? Puisqu’on a le droit de relancer les dès, pourquoi s’en priver ?
La deuxième simulation couronne les Reds, laissant une fois de plus les Expos en rade dès les Divisions Series, éliminés cette fois-ci par les futurs champions.
La troisième simulation est encore pire : Montréal échoue carrément à se qualifier pour la postseason ! Il y a de quoi commencer à se poser des questions.
Pour autant, l’expérience se poursuit : 4è, 5è, 6è, 7è, 8è simulation … toujours pas de titre pour les Expos, incapables de dépasser le 1er tour. Le pack de Belle Gueule commence à être sérieusement entamé. L’espoir finit par renaître à la 9è simulation, Montréal remporte enfin une première série puis une seconde ; le Stade Olympique va enfin accueillir les World Series ! Hélas, le résultat est un véritable crève-cœur : défaits au 7è match, les Expos laissent filer le titre entre les pattes des Orioles, les volatiles de Baltimore souillant de quelques fiantes l’histoire d’amour entre Montréal et le baseball .
De retour en finale, on croit que les Montréalais tiennent leur revanche à la 11è simulation. Là encore, la série bascule au 7è match une fois de plus du mauvais côté. Plus précisément de celui des Indians, autres losers notoires. Décidément, le karma des Expos est tout pourri.

Jamais douze sans treize

Un petit tour chez le dépanneur du coin pour se réapprovisionner en bières locales et on relance la machine : plusieurs éliminations en Division Series ou en National League Championship Series (NCLS on dit), mais toujours pas de titre.
Arrivé bredouille à la 19è simulation, même le plus fidèle des supporters peut se sentir résigné. Et quand les Expos atteignent une nouvelle fois les World Series, face aux Indians encore, on a comme une désagréable sensation de déjà vu ; dans le stade, les têtes sont baissées, même une foi aveugle peine à recoller les débris de coeurs trop souvent brisés, on applaudit sans y croire vraiment, on sait que la fatalité ne peut que s’abattre sur la ville. Si bien que quand survient un nouvel échec au 7è match, plus personne ne s’en étonne ; la routine s’est installée, la défaite colle à la peau, elle s’insinue jusque dans l’ADN de chacun. Comme l’approuverait tout bon biographe de Raymond Poulidor : quand ça veut pas, ça veut pas.
Tel un accro au jeu qui a des années d’épargne soigneuse engloutie par l’inexorable voracité d’une machine à sous dans un casino de Vegas et qui joue son tout dernier dollar, il fallait bien achever cette expérience par une vingtième et ultime simulation. Celle de la dernière chance. C’est alors que tout espoir semble envolé que les espiègles Dieux du baseball virtuel se décident enfin à porter secours
Un dénouement quasi hollywoodien dans lequel Charlie Sheen, Tom Béranger et Wesley Snipes auraient fait, à coup sûr, bonne figure.

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Pour les plus empiristes d’entre vous, voici un tableau récapitulatif de cette expérience dont la robuste scientifique est indiscutable.

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